La révolution française

La dictature de l’Incorruptible

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Toulon repris aux Anglais - La Vendée vaincue - Fleurus-Sur-Mer (20 juin 1794)

 

D’abord la reprise de Toulon.

Passant à Avignon, le représentant Saliceti y a trouvé un de ses jeunes compatriotes de Corse, un chétif capitaine nommé Bonaparte qui a été envoyé dans la vallée du Rhône pour chercher des munitions. Il l'a ramené a' Toulon. Cet officier a vingt-quatre ans, les joues creuses, un teint d'olive, mais son visage s'éclaire d'yeux surprenants, pleins de pensée et de lumière. Du premier coup d’œil, il voit que pour prendre Toulon il faut réduire le fort Mulgrave, construit sur le promontoire de l'Eguillette et qui domine les rades. Carteaux hésite à suivre ses avis; il y perd son commandement. Gasparin et Saliceti le font remplacer par Dugommier.

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Réquisition de fourrages - aquarelle du temps - collection particulière

Ancien soldat de la monarchie, d'imposante figure, républicain resté ferme sur la discipline, Dugommier donne sa confiance au jeune artilleur. La lui donnent aussi les quatre nouveaux commissaires envoyés par la Convention Barras, Fréron, Ricord et Augustin Robespierre, avec qui Bonaparte se lie surtout. Réunis en conseil de guerre, ils décident l'exécution du plan de Bonaparte.

Le général anglais O’Hara tente une sortie; il la manque, est fait prisonnier. Battu pendant trois jours par l'artillerie républicaine, le fort Mulgrave est emporté par un furieux assaut auquel, sous des torrents de pluie; participent en tête des colonnes, avec un véritable héroïsme, non seulement Dugommier, mais Ricord, Saliceti et Robespierre. Réussir ou mourir, tel est l'ordre de la Convention. Et les Français réussissent. Les Anglais évacuent leurs positions, font sauter l'arsenal et incendient ce qui reste de la flotte livrée par Trogoff. A toutes voiles, le 28 frimaire (18 décembre) ils abandonnent Toulon.

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Bonaparte - d'après Guérin

Le lendemain, les troupes républicaines entrent dans la ville qui n'est qu'un gigantesque brasier. La Vendée reste la plaie suppurante de la République. Les bandes qui ont passé la Loire après leur défaite à Cholet ont été tant bien que mal rassemblées par Henri de La Rochejacquelein, nouveau généralissime de l'armée catholique et royale. Tout jeune, c'est un beau soldat, plein de fougue, de foi et de générosité.

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Dugommier - pastel anonyme - Musée Carnavalet

Secondé par Stofflet, il conduit à Laval l'immense cohue où les femmes, les enfants, les prêtres, les blessés sont plus nombreux que les combattants. Un colosse, Georges Cadoudal, l'a rejoint avec quelques milliers de Bretons. Les Bleus les attaquent, mais, affaiblis par les rivalités de leurs chefs Léchelle, Westermann et Kléber, ils sont repoussés. Par chance Léchelle, malade, s'en va et meurt. Les Vendéens marchent sur Granville où les Anglais leur ont promis secours. Pendant ce temps l'armée républicaine est réorganisée par Marceau. Aucune voile anglaise n'ayant paru sur la côte de Granville, les Blancs refluent sur la Loire. Ils essaient de prendre Angers (14 frimaire - 4 décembre), n'y réussissent pas, se réfugient au Mans, en sont chassés par Westermann, Marceau et Kléber après une bataille de quatorze heures, acharnée, affreuse, dans la nuit, sous des tourbillons de pluie et de vent. « On ne saurait se figurer, dira Kléber, l'horrible massacre qui se fit là. » En troupeaux, mêlant leur sang à la boue des routes, les Vendéens tentent en vain de repasser la Loire à Ancenis. Coupés de leurs chefs La Rochejacquelein et Stofflet, ils sont atteints, toujours errants, à Savenay, près de Saint-Nazaire, où Marceau les cerne et les extermine.

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Siège de Granville, le 14 novembre1793 - d'après Swebach et Desfontaines

Cette tuerie marque la fin de ce qu'on a appelé la « grande guerre » de Vendée (3 nivôse -23 décembre 1793). Va lui succéder une « petite guerre », encore terrible, qu'exciteront jusqu'à la démence les atrocités révolutionnaires. Le général Turreau, successeur de Marceau, divise ses troupes en colonnes - les douze colonnes infernales - qu'il lance sur le pays pour le soumettre à tout prix, par tous les moyens, fusillades, incendies, pillages, razzias. Jamais peut-être depuis les invasions barbares, une contrée n'a autant souffert. La Rochejacquelein tombe au combat de Nouaillé. Les derniers chefs vendéens s'entretuent. Ne demeureront debout, sur ce monceau de cadavres et de cendres que Stofflet et Charette. Pour les abattre il faudra encore plus de deux ans.

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Bataille du Mans - sépia de Duplessis-Bertaux - Musée d'Epinal

Sur la frontière de l'Est, notre grande, notre seule frontière au fond, toujours vulnérable et toujours menacée, la situation, après la percée des lignes de Wissembourg par les Autrichiens, a été un moment dangereuse. L'armée du Rhin est reprise en main par Saint-Just et Le Bas et fondue avec l'armée de la Moselle, que commande Hoche. Le 6 nivôse (26 décembre 1793), les troupes françaises se jettent à l'assaut du Geisberg qui domine Wissembourg. Les Austro-Prussiens, malgré une vigoureuse résistance et des charges de cavalerie répétées, doivent abandonner la hauteur et se résoudre à la retraite. Hoche entre à Wissembourg, Landau est débloqué, l'Alsace est libre. Würmser furieux repasse le Rhin tandis que Brunswick gagne Mayence. Les troupes républicaines vont prendre leurs quartiers d'hiver dans le Palatinat. Non seulement la frontière est libre, mais la guerre est reportée en territoire ennemi.

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L'armée de la Moselle fraternisant avec les habitants des Deux Mers - gravure allemande du temps

Ce Rhin, limite éternelle, qui a vu défiler les légions bardées de cuir et de fer de César, les Germains vêtus de peaux, les hordes d'Attila sur leurs petits chevaux d'Asie, voit défiler maintenant les jeunes soldats de la République, si maigres et si lestes, menés par des chefs imberbes, empanachés de tricolore, et qui chantent des refrains à faire bondir tous les peuples chez qui n'est pas mort l'instinct de la liberté. Le passé, d'un geste superbe les Français le rejettent : eux sont l'avenir. Et comme le monde n'est qu'aux servants de l'avenir, le monde va se précipiter vers eux.

Au printemps de 1794 s'engage la partie décisive. Elle se joue dans les Ardennes, sur la ligne de la Sambre, entre Jourdan et Cobourg.

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Bataille de Fleurus - image d'Epinal

Le général autrichien, dont le nom, associé à celui du premier ministre anglais : « Pitt et Cobourg !» a tant servi dans les prosopopées révolutionnaires, est le type de l'homme de guerre de l'ancienne Europe. Instruit, méthodique, la théorie qu'il possède trop bien l'empêtre. Ce technicien blanchi, aux prises avec de jeunes chefs sans grande science, mais pleins de vigueur et d'idées, continue à leur opposer une activité divisée, des règles savantes, tout un calcul abstrait que bousculent les généraux de la Révolution et qu'il s'entête à réparer, à ordonner sans trêve, comme un grand joueur d'échecs dont les pièces sont renversées par des gamins.

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Pichegru - buste de Masson - Musée de Versailles

Le 26 juin, à l'aube, les Républicains, sur une trentaine de kilomètres, occupent des positions en demi-cercle dont Charleroi est le centre. Cobourg, au lieu de concentrer ses forces sur un seul point, les allonge pour envelopper les Français. Sa faute est là. Les Autrichiens montent en colonnes à l'assaut de nos lignes. Refoulés à gauche par Kléber, au centre par Championnet, à droite par Marceau, battus par une artillerie bien servie, ébranlés par les charges de la cavalerie d'Hautpoul, ils s'acharnent le jour entier dans une série d'engagements, de retraites, de retours meurtriers. « Dans nos rangs, écrira Soult, l'enthousiasme croissait avec le danger. Tout ce qui vint se heurter contre notre avant-garde fut brisé. Rien n'était capable de l'intimider, pas même l'incendie de la campagne qui nous environnait de toutes parts. Les champs couverts de blés en maturité avaient été enflammés par notre feu et par celui de l'ennemi, on ne savait où se placer pour l'éviter, mais nous étions bien déterminés à ne sortir que victorieux de ce volcan. »

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Jean Bon Saint-André - dessin de Louis David - collection particulière

Le soir, vers sept heures, Cobourg découragé commence la retraite les Français couchent sur le champ de bataille de Fleurus. La bataille a coûté cher, plus de dix mille tués chez l'ennemi, un peu moins chez nous. Elle livre une fois de plus la Belgique : Cobourg a regagné Bruxelles, niais ne peut s'y maintenir. Ayant pris Ypres, puis Ostende, Pichegru à la tête de l'armée du Nord y fait son entrée le 10 juillet. Jourdan l'y rejoint. Anvers et Liège tombent quinze jours après.

Si, contre le désir de Carnot, les armées ennemies sont refoulées, non détruites, du moins nos soldats s'avancent-ils largement en territoire étranger, faisant déferler leurs drapeaux en une marée tricolore. Cette fois, bien p]us qu'à Valmy ou à Jemmapes, la République est victorieuse. D'avoir cru toucher au but, de l'avoir manqué, la coalition se brise. Sauf l'Angleterre et l'Autriche trop engagées, l'Europe prise de lassitude aspire de plus en plus à la paix.

Sur mer, en dépit de notre infériorité numérique, les Anglais ont peine à assurer le blocus des côtes de l'Atlantique. Nos corsaires, parmi lesquels se distingue déjà le jeune Robert Surcouf, pourchassent leurs bateaux de commerce jusque dans l'océan Indien. Le Comité de Salut public ne se désintéresse pas de la marine de guerre. Il a donné pleins pouvoirs à Jean Bon Saint-André à Brest, puis à Toulon. Grâce à ses efforts, au printemps de 1794, la flotte française peut se glisser hors des ports, protéger nos côtes, même inquiéter les croisières britanniques. La guerre de blocus devient de plus en plus vive. Les pertes anglaises se multiplient. Un important convoi venu de Terre-Neuve est saisi par les marins français. Dès lors tous les bateaux de commerce doivent être protégés par des navires de guerre.

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Villaret-Joyeuse - gravure au physionotrace

Une bataille navale s'engage à la fin de mai 1794, ayant pour enjeu le grand chargement de blé et de denrées coloniales d'Amérique si impatiemment attendu en France. L'amiral Howe, avec vingt-six vaisseaux de ligne, le guette sur les côtes de Bretagne. Le Comité de Salut public, voyant dans cet arrivage une nécessité vitale, bien qu'il redoute la rencontre ordonne au contre-amiral Villaret-Joyeuse qui commande à Brest, de sortir du port avec toutes ses forces et de protéger le convoi. L'escadre de Villaret est égale à celle de Howe, mais son artillerie moins puissante. Jean Bon Saint-André, à son bord, insiste pour qu'il engage le combat. Pendant deux jours la manœuvre, gênée par la brume, est assez confuse.

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Combat naval du 1er juin 1794 - d'après Lautherbourg

Le 1er prairial (20 mai 1794), au matin, Villaret, ses navires bien groupés, ouvre le feu sur l'avant-garde anglaise. L'amiral et Jean Bon Saint-André, sur la Montagne, sont aux prises avec la Reine Cbarlotte commandée par Howe. Lutte acharnée, semée de traits héroïques. Les bateaux français ont arboré des pavillons bleus sommés de cette devise « La victoire ou la mort ». Leurs équipages tiennent à l'honneur de l'illustrer. Les Anglais se battent avec une énergie pareille. A onze heures les deux escadres ont déjà beaucoup souffert, vaisseaux démâtés, plusieurs incendiés. L'avant-garde de Villaret a plié et s'est éloignée du gros. Il cherche à le rallier, n'y parvient qu'à demi, demi, perd là six navires. Mais la flotte anglaise a été si maltraitée qu'elle doit rompre le combat et faire voile vers ses ports. La rencontre a permis au convoi américain d'entrer à Brest. Huit jours plus tard, malgré ses pertes, Vîllaret-Joyeuse, toujours accompagné de Jean Bon Saint-André, est en état de donner la chasse à une nouvelle escadre anglaise. Notre flotte a repris confiance en elle-même. Pavillon haut, elle sillonne de nouveau l'Océan. Comme elle a eu ses soldats, la République a eu ses marins de l'An II.

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