La révolution française

Varennes

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Révision de la Constitution - Le manifeste de Pillnitz - La Constituante s’en va

Le Triumvirat et les « Fayettistes » prennent pourtant une initiative qu’on doit souligner, car elle est courageuse et procède d’un incontestable esprit politique. Telle qu’on l’a articulée, la Constitution ne peut vivre. Aucun équilibre entre les pouvoirs. L’exécutif n’y est rien qu’un mot ; l’assemblée y est tout. D’accord avec Malouet et les modérés, ils la font réviser dans un sens nettement favorable à la monarchie. Le roi reprend ainsi utilité et figure. Il nommera les chefs militaires, les administrateurs du Trésor. Les membres de sa famille recevront un statut princier. Disposition significative : la Constitution civile du clergé passe de son rang de loi fondamentale à celui de loi ordinaire, capable à tout moment d’être modifiée.

Judicieux dans l’ensemble, ce retour en arrière ne pourrait valoir et s’assurer que si les hommes qui l’ont décidé demeuraient quelque temps encore aux affaires. Mais la Constituante a résolu de se séparer le 30 septembre pour laisser la place à une Assemblée dite « législative » qui aura à appliquer la Constituante sans pouvoir la réviser avant dix ans. Les constituants, on le sait, se sont exclus de la nouvelle législature.

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"Que faites-vous là ! - Je garde cette grosse pièce dont on ne veut plus." - gravure populaire

Cette mesure néfaste, qui va anéantir leurs derniers efforts et précipiter la Révolution, peu d’entre eux à vrai dire la regrettent. Ils n’en peuvent plus de Paris, de ces séances interminables sous la menace des tricoteuses et des portefaix. Ils veulent retourner dans leurs dans leurs provinces, où leurs familles et leurs intérêts les réclament. L’opinion publique au demeurant les y pousse. Elle s’est détachée de l’Assemblée mourante, ne s’occupe plus que des Jacobins et des Cordeliers, citadelles de la surenchère et de la violence qui vont bientôt s’emparer de la direction du pays.

Le roi, durant ces deux mois et demi de suspension, demeure immobile, comme hébété par le coup trop rude qu’il a reçu. La reine lutte encore, avec le courage obstiné des femmes. Tout en feignant de suivre les directions de La Fayette et du Triumvirat, elle écrit à Fersen, elle écrit à son frère Léopold, réclamant à nouveau l’intervention étrangère. Léopold y inclinerait, mais il est averti par Barnave et ses amis que toute tentative de l’étranger. Elle écrit à Breteuil, elle écrit à Mercy, elle écrit à Fersen, elle écrit à son frère Léopold, réclamant à nouveau l’intervention étrangère.

Léopold y inclinerait, mais il est averti par Barnave et ses amis que toute tentative de l’étranger perdrait sans recours la monarchie. Il se dérobe alors et pour colorer son repli, l’Empereur se rencontre avec le roi de Prusse à Pillnitz. Le comte d’Artois y force les portes, mais tout ce qu’il obtient est une molle déclaration, qui subordonne l’action de l’Autriche et de la Prusse au concours des autres Etats.

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Proclamation de la Constitution, place du Marché des Innocents le 14 septembre 1791 - dessin de Prieur - Musée Carnavalet

Les émigrés mènent une espèce de danse guerrière autour du document de Pillnitz. Le « manifeste des princes », daté de Coblentz, lui fait un commentaire menaçant dont tout le danger est pour le roi. A Paris, les patriotes s’indignent. Louis XVI et Marie Antoinette comprennent que les souverains ne les aideront pas. La reine adjure pourtant son frère le 8 septembre, dans une longue lettre où elle montre la Révolution prête à donner l’assaut à tous les trônes. Léopold y répondra évasivement.

Après plusieurs jours d’hésitation, sur les instances de Malouet, des ministres et de Malesherbes, la reine ayant consulté Barnave, Louis se décide le 13 septembre à accepter la Constitution. Il fait des réserves - non sans causes - sur l’organisation administrative si relâchée, mais, ajoute-t-il, « puisque les opinions sont aujourd’hui divisées sur cet objet, je consens que l’expérience seule en demeure juge ». En finissant il demande une amnistie générale.

Cette lettre, lue à l’Assemblée, est bruyamment applaudie. La Fayette fait voter la suspension de toutes poursuites relatives aux événements de la Révolution. Ce décret est apporté aussitôt aux Tuileries. Louis en témoigne sa satisfaction et, montrant aux députés sa famille :

- Voilà, dit-il, ma femme et mes enfants qui partagent mes sentiments.

Marie-Antoinette se hâte de dire :

- Oui, nous accourons, mes enfants et moi, et nous partageons tous les sentiments du roi.

Empressement de commande. Peu après, abattue, elle confie à Mme Campan :

- Ces gens ne veulent point de souverains. Ils démolissent la monarchie pierre par pierre.

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Fête donnée à l'Hôtel de Ville à l'occasion de la proclamation de la Constitution - gravure du temps

Le lendemain, vers midi, le roi se rend à l’Assemblée. Pas de trône, un simple fauteuil à la gauche du président. Debout et découvert, il jure fidélité à la Nation et à la Constitution. L’Assemblée, d’abord debout, s’est assise. Justement blessé, il pâlit, sa voix s’embarrasse. Il s’assied alors avec brusquerie et tant bien que mal achève son serment. Des vivats retentissent. Le président lui adresse un redondant hommage. Mais Louis XVI ne peut s’y tromper. Rentrant aux Tuileries où l’Assemblée en corps l’a accompagné au son de la musique, au bruit du canon, il s’effondre sur un fauteuil et, se couvrant le visage d’un mouchoir, dit en pleurant à la reine qui a assisté à la séance dans une loge :

- Tout est perdu ! Et vous avez été témoin de cette humiliation! Vous êtes venue en France pour voir cela !...

Il sanglote. Marie-Antoinette, bouleversée, s’agenouille et le serre dans ses bras...

Le 30 septembre, Thouret, président de l’Assemblée, déclare sa session close et « sa mission finie ». Au sortir du Manège, Robespierre et Pétion sont acclamés par la foule, couronnés de feuilles de chêne, portés en triomphe. Robespierre et Pétion, les « législateurs incorruptibles », les chefs du parti hostile à toute restauration monarchique. Présage éloquent pour les mois à venir.

Parmi ces représentants, enfin délivrés de leur faix, beaucoup croient la Révolution accomplie. Ils se trompent cruellement. Les écluses forcées ne peuvent plus se refermer sur le torrent des passions basses et de la bêtise éternelle. La Révolution va se poursuivre par la faute même de la Constituante, car tout ce qui viendra par la suite sortira d’elle, procédera de son imprévoyance, de sa candeur, de ses divisions. La Terreur - qui sans qu’on puisse encore s’en douter s’avance - est en germe dans les actes mêmes des constituants.

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En dépit de leur bon vouloir, de leur passion véritable pour l’intérêt français, ils ont commis par trop d’erreurs. Férus du justice, ils ont été jusqu’aux injustices les plus criantes, épris de fraternité, ils ont laissé commettre des crimes et par faiblesse les ont couverts. En deux ans ils ont abattu l’œuvre immense de huit siècles, œuvre restée bonne en beaucoup de ses parties, fruit de l’expérience et de la tradition nationales, et ils lui ont substitué une organisation théorique, hâtive, et qui dans l’exécution se défait.

Ils s’en vont, ces hommes nouveaux qui défilaient le 4 mai 1789 à Versailles dans le clair matin annonciateur d’un nouveau printemps de la France. Ces aristocrates enivrés de liberté, ces prêtres aux idées égalitaires, ces gens de basoche infatués des législations antiques, qu’un faible roi, de faibles ministres avaient conviés à réformer l’Etat. Après deux longues, deux épuisantes années, le sombre après-midi d’automne qui les voit se séparer est pesant d’inquiétude et de rancœur. Le pays qui les a envoyés ne demandait pas la Révolution, ils l’ont imposée. Le peuple ne souhaitait qu’un meilleur système administratif et civil ; ils ont aboli tout l’ordre antérieur. Ayant franchi en quelques bonds un immense espace politique et social, si ces mandataires infidèles regardent l’amas de ruines sur lesquelles ils ont échafaudé leur fragile édifice, ils ne peuvent se défendre d’un sentiment obscur de regret, peut-être de remords...

La France, ce grand corps hier encore si dru, si souple, gît à terre, sans force, attendant qu’on la ranime et la répare. L’Assemblée qui va succéder à la Constituante, la Législative, en sera-t-elle capable ? Il lui faudrait de singulières qualités de mesure et de méthode pour équilibrer enfin, avant qu’il soit trop tard, tradition et révolution. Elle ne sera qu’une cohue d’orateurs ignorants, imprudents, envieux, de démagogues qui s’offriront d’eux-mêmes à la pression de la multitude. La Constituante a mal gouverné la France. Mais elle l’a gouvernée encore. La Législative va livrer le pouvoir à la rue.

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