La révolution française

Le France en travail

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Attitudes des Gouvernements Européens - L’Alsace et Avignon

Les gouvernements étrangers n'ont vu d'abord dans les événements de 1789 qu'un phénomène d'ordre intérieur dont le principal résultat, comme l'a dit Burke, serait de bouleverser et pour longtemps affaiblir la France. Cette France est, en effet, un commun objet d'envie. Elle est trop riche, elle est trop forte et trop unie. Rassemblée par un travail séculaire, les troubles actuels peuvent fournir l'occasion de l'amputer ou tout au moins de la paralyser.

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La famille Royale d'Espagne - par Goya - Musée du Prado

Le cabinet de Londres, dirigé par William Pitt, y compte bien. Les subsides qu'il a répartis, les agents qu'il a implantés n'ont pas été inutiles. La monarchie française va payer, et chèrement, la guerre de l'Indépendance américaine. Ce qu'il veut, avec l'oligarchie anglaise dont il est le chef, c'est ruiner la dynastie, lui substituer à la première occasion, avec le duc d'Orléans, une royauté privée de base, par là plus facile à dominer. En attendant, la Révolution fait merveilleusement le jeu de l'Angleterre. Elle lui laisse les mains libres en Europe, et dans le monde lui livre les marchés commerciaux où la concurrence française était devenue gênante. Elle lui permettra peut-être de s'emparer de nos dernières colonies.

L'empereur Joseph II, quoique frère de Marie-Antoinette, s'est montré parfaitement insensible à ses disgrâces. Au reste ce chimérique qui a voulu le bien, fait le mal, et trouvé le courage de le regretter, va mourir. Son successeur Léopold, Lorrain Italianisé, remarquable politique, mais sec et sans scrupules, uniquement mû par son intérêt, regrette surtout que la Révolution le prive d'un allié naguère prodigue en hommes et en argent. Les affaires de Bruxelles le touchent beaucoup plus que les affaires de Paris.

La Prusse voit sans regret l'anarchie où est tombée la France et la destruction de son prestige. Elle espère en profiter bientôt. Son roi Frédéric-Guillaume est un mystique myope et brutal. La Grande Catherine, autrement lucide, a détesté du premier jour la Révolution mais la France l'a souvent contrecarrée dans ses projets elle n'est pas fâchée de voir ces orgueilleuses Tuileries ravalées au plus bas. Puis elle est absorbée par le danger suédois, par l'épuisante guerre contre les Turcs... Le roi d'Espagne Charles IV - une bête couronnée - se donne des airs de mépris pour la faiblesse de son cousin Louis XVI. Il s'irrite d'avoir vu renier le pacte de famille.

Laissé sans défense devant l'Angleterre, il a dû souscrire à ses exigences. Pourtant il est le premier souverain qui souhaite une intervention de l'Europe. Encore faut-il, dit son impertinent ministre Florida Blanca, « que le roi de France se montre digne d'être soutenu ».

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La reddition des Pays-Bas, le 2 décembre 1790 - d'après J. Voltz

Cependant, les événements marchant à Paris sur un rythme de plus en plus rapide, les idées révolutionnaires passant la frontière et troublant l'élite de leurs sujets, les souverains, dans l'été de 1790, commencent de s'alarmer. Ils apaisent leurs différends. Gustave de Suède négocie avec Catherine II le traité qui sera signé à Varéla. L'Autriche, déjà rapprochée de l'Angleterre, s'accorde à Reichenbach avec la Prusse. Elle conclura bientôt un armistice avec les Turcs. Ayant ainsi les mains libres, l'Europe pourra surveiller de plus près la Révolution.

L'Empereur, dès qu'il se trouve une armée disponible, l'envoie en Belgique où la République se décompose. Namur et Bruxelles capitulent. Le 2 décembre 1790, les Pays-Bas entiers sont reconquis. Les chefs rebelles enfuis en France, l'ordre ancien est rétabli, mais sans violence, avec une louable modération.

L'Assemblée nationale a refusé d'intervenir en faveur des Belges, pour éviter toute difficulté avec l'Empire. Elle demeure fidèle à son idéal de paix. «La nation française, a-t-elle déclaré le 22 mai 1790, renonce à entreprendre aucune guerre dans la vue de faire des conquêtes et n'emploiera jamais ses forces contre la liberté d'aucun peuple.» Mais la logique de son évolution la fait se déjuger, et gravement, par deux fois. On y a vu de l'hypocrisie, c'est bien plutôt de l'inconscience. S'étant interdit les conquêtes, elle estime qu'elle peut prononcer l'« annexion» des peuples qui se donnent à la France. Distinguo spécieux: sa faiblesse éclate dans la question d'Alsace et dans l'affaire d'Avignon.

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Massacre à Avignon en 1791 - gravure du temps

En Alsace, nombre de princes allemands possédaient encore de grands domaines seigneuriaux: les archevêques de Cologne, de Trêves, le margrave de Bade, les ducs de Wurtemberg, des Deux-Ponts, le landgrave de Hesse-Cassel, etc.... Les décrets sur l'abolition du régime féodal les ont privés des droits régaliens et des diverses taxes attachées à leurs domaines. Ainsi dépouillés, ces princes protestent et invoquent devant la Diète de Ratisbonne les traités de Westphalie qui les garantissaient.

L'affaire traîne longtemps. Le Comité diplomatique de l'Assemblée s'en est emparé. Un rapport de Merlin de Douai, le 28 octobre 1790, affirme la plénitude absolue de la souveraineté française en Alsace; il propose pourtant de racheter à l'amiable les terres des princes et leurs droits. L'Assemblée l'approuve: les Alsaciens sont unis à la France par leur libre vœu, exprimé à la fête de la Fédération. Les princes allemands et l'Empire n'ont pas à se mêler de leurs intérêts.

Thèse en vérité fragile. Les traités de Westphalie sont des contrats synallagmatiques ils ne sauraient être modifiés que par l'accord des contractants. La Constituante ne peut se délier par un simple décret des stipulations de la monarchie ; elle est solidaire du passé, puisqu'elle prétend représenter la France.

Cette difficulté, si sérieuse et qui semble mener à la guerre, ne l'entraînera pas toutefois. Montmorin, chargé des négociations, gagne du temps. De son côté, Léopold, tout au soin de rétablir chez lui son autorité, ne tient pas à s'engager à fond. La Prusse excite d'un côté les «possessionnés», de l'autre offre son alliance à la France. Montmorin élude la proposition. La paix se maintiendra ainsi près d'un an, et c'est la France qui la rompra.

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L'effigie du Pape est brulée au Palais-Royal, le 16 avril 1791 - dessin de Prieur - Musée Carnavalet

Dans l'affaire d'Avignon, la faiblesse du Saint-Siège entraîne l'Assemblée à prendre une attitude moins prudente et à renier délibérément ses promesses. Le Comtat-Venaissin, cédé à la Papauté depuis quatre siècles, est gouverné en véritable principauté italienne par une administration cacochyme qui couvre du droit d'asile tous les chenapans du Midi. Dès juin 1790, Avignon a expulsé le légat du Pape et demandé sa réunion à la France. Aussitôt, patriotes et papalins du Comtat se déchirent. A l'Assemblée, Pétion et Robespierre réclament l'annexion au nom de l'unité française et du choix des populations. Malouet soutient que le droit de la France est douteux. Mirabeau, venant à la rescousse, réussit à faire voter l'ajournement.

Mais la guerre du Comtat s'aggrave; on s'y massacre avec frénésie. La Constituante, en dépit des efforts de Robespierre, hésite encore à intervenir. Cependant, mal disposée vis-à-vis du Saint-Siège qui a condamné la Constitution civile du clergé, d'autre part influencée par la populace qui, dans les jardins du Palais-Royal, ameutée par Saint-Huruge, a brûlé un mannequin du Pape, elle envoie des troupes pour pacifier le pays et des commissaires pour ouvrir une consultation. Les extrémistes comptent bien qu'une forte majorité se prononcera pour la réunion à la France. C'est, en effet, ce qui va se produire. L'Assemblée annexera alors (12 septembre 1791) Avignon et le Comtat.

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