La révolution française

La Fayette et Mirabeau

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Mutineries militaires

Dans le moment, un immense espoir baigne la France. « Allons, tout n’est pas perdu », dit Louis XVI. Mais bientôt la Constituante retombe dans l’agitation. Les députés s’insultent, se provoquent. Ils ont les nerfs trop tendus. Par moments l’Assemblée semble défaillir devant sa tâche. L’énorme remous des affaires l’engloutit.

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Pompe funèbre en l'honneur des soldats morts à Nancy en septembre 1790 - dessin de Prieur -  Musée Carnavalet

Affaires multiples, enchevêtrées, à la fois vieilles et nouvelles, qui serpentent, rebondissent, éclatent en conséquences graves et imprévues. L’Assemblée n’a pas su - ce devait être son premier soin - réorganiser l’armée. Le désordre né par toute la France de la chute de ses cadres trouve à la fin de 1789 et au printemps de 1790 sa meilleure illustration dans une chaîne de mutineries militaires.

Mutineries à Toulon où l’amiral Albert de Rioms, assiégé dans son hôtel par des matelots et des ouvriers de l’arsenal à qui s’est jointe la garde nationale, est saisi et jeté en prison avec son état-major; mutineries à Lille où cavaliers royalistes et fantassins patriotes en viennent à bataille rangée ; mutineries à Marseille où, le 29 avril, le sergent de la garde nationale Doinet rassemble une bande qui monte à l’assaut du fort de Notre-Dame-de-la-Garde. Bientôt sur le donjon flotte un drapeau qui porte ces mots (déjà !) : la Liberté ou la mort !

Un fait plus grave encore se produit au lendemain de la Fédération. Le 1er août, à Nancy, pour protester contre une punition de Régiment du Roi se mutine, s’assemble en armes et réclame les comptes de la masse. Pareils incidents à Metz et à Stenay. Les chefs cèdent aux rebelles. La Constituante, à l’instigation de La Fayette, s’en émeut et rend le 6 août en décret qui dissout les sociétés régimentaires et ordonne la vérification des caisses.

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Episode du combat de Nancy - peinture de l'époque - collection particulière

Sitôt le décret connu à Nancy, les soldats du Régiment du Roi arrêtent le trésorier et le forcent à leur remettre 150.000 livres qu’ils se partagent. Les deux autres régiments de la garnison, Mestre le camp et Suisses de Châteauvieux suivent leur exemple. Menacés, les officiers livrent les caisses. L’Assemblée alors veut sévir. Elle vote un nouveau décret punissant de mort toute rebellion et envoie le maréchal de camp Malseigne, connu pour sa dureté, examiner les comptes des trois régiments de Nancy.

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Troubles à Nancy - La porte de Stainville au moment du combat - gravure du temps

Malseigne échoue. Menacé par les mutins, il s’enfuit à Lunéville et prévient Bouillé qui commande à Metz. Bouillé est un des meilleurs généraux de l’armée ; il a du courage, du sang-froid, du coup d’œil. Il s’est brillamment conduit en Amérique. Tout dévoué à la monarchie, il a refusé de prêter le serment civique et n’a finit par céder que sur un ordre exprès du roi. Son cousin La Fayette lui a écrit de se montrer énergique. Recommandation superflue. Bouillé marche sur Nancy avec 4.500 hommes, dont un tiers de gardes nationaux, peu sûrs, mais que son énergie tient en main. A Frouard il reçoit une députation des rebelles. Il exige que les officiers emprisonnés soient aussitôt libérés, que quatre hommes par régiment lui soient remis pour être jugés, sans quoi il « entrera dans Nancy à coups de canon ».

Deux corps sur trois, Régiment du Roi et Mestre de camp, cèdent et sortent de la ville. Mais les Suisses de Châteauvieux défendent la porte Stainville. Le jeune officier Désille est tué en voulant les empêcher de tirer leurs canons. Bouillé enfonce la porte et pénètre au cœur de Nancy après une bataille de rues qui laisse cinq cents morts.

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Exécution des Suisses de Chateauvieux - gravure du temps

La répression qui suit est brutale. Trente-deux Suisses sont pendus, quarante et un condamnés aux galères. Le club des Jacobins de Nancy est fermé, la garde nationale dissoute, une véritable terreur militaire pèse sur la ville.

A Paris l’émotion est forte. L’Assemblée, en dépit de Robespierre, vote des remerciements à Bouillé : « Soignez votre popularité, lui écrit Louis XVI, elle peut m’être utile et au royaume. Je la regarde comme l’ancre de salut. » A partir de ce moment, en effet, la pensée d’un recours à Bouillé ne va plus quitter son esprit.

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