Roger de La Fresnaye

Roger de La Fresnaye (1885 - 1925)

Esquisse pour la Conquête de l'air - 1913 - (0,94 m x 0,72 m)

Paris, Collection privée

Parmi les artistes de la première moitié du XXe siècle qui sont morts prématurément, il faut aussi compter Roger de La Fresnaye, qui naquit au Mans en 1885 et mourut à quarante ans des suites d'une maladie contractée pendant la guerre de 1914.

Roger de La Fresnaye fréquenta d'abord l'Ecole des Beaux-Arts, puis l'Académie Ranson. "On est toujours influencé. Suiveur, on imite, novateur, on imite encore en modifiant", dira-t-il. Cependant, le Cubisme, avec lui, va prendre une signification nouvelle.

La Fresnaye appartenait à une famille aristocratique dont les origines remontaient au XVe siècle. On pourrait épiloguer sur le côté "fin de race" d'un tempérament délibérément opposé à toute aventure. La Fresnaye est sans doute de ceux qui, avec Keyserling, pensent que "les révolutions sont faites pour sauvegarder les traditions". Et dans le Cubisme, ce qu'il verra surtout, c'est un ensemble d'éléments nouveaux susceptibles de contribuer à une renaissance de la tradition classique. Ses premières œuvres dénotent un sens vif et profond de la composition. Mais tout de suite s'affirme aussi chez lui un amour des aspects de la nature, amour à quoi son œuvre sera constamment fidèle. C'est donc à partir de la nature que La Fresnaye envisage l'art de peindre. Puis il exécute son œuvre sous le signe de la composition classique, ou sous celui de maîtres comme Le Greco ou Poussin. Naturellement, la discipline architecturale de Gauguin ou de Cézanne, préconisée à l'Académie Ranson, inspirera ses compositions des années 1910-1911, son Eve, ses Nus dans les paysages : œuvres simples, pures, robustes. C'est la mesure dite française, son élégance et son goût du bon ton.

Mais La Fresnaye ne cherche pas à extérioriser une vision personnelle du monde. Présenter notre univers familier sous un jour solide et harmonieux sera sa seule prétention. C'est dans ce sens qu'il subira l'influence du Cubisme, mouvement qu'il considérera un peu comme une affaire de mode. Il y trouvait moins une poétique particulière qu'un ensemble de moyens constructifs. Dans un propos surprenant, il dira: "Incapable de rivaliser avec la peinture ancienne, celle de notre temps cherche à s'en tirer par des moyens à côté. Il est vain de lui faire grief de ses réussites. " Malgré ce dernier correctif, le Cubisme ne sera donc pour La Fresnaye qu'un procédé. Enfin, dès 1912, sans se soucier des réserves de Picasso, Braque, Gris ou Léger à l'égard des aspects de la nature, il décrira les objets qu'il fragmentera à la manière cubiste, mais en se soumettant aussi bien à la technique des aplats qu'au modelé ou au clair-obscur. Justement, il possède un goût très prononcé pour les courbes, les circonférences et les sphères, goût qu'il partagera d'ailleurs avec Delaunay et Léger. Mais alors que ces formes, chez ces artistes, signifient surtout des éléments plastiques bien qu'abstraits, elles représentent d'abord, chez La Fresnaye, des éléments naturels, tels que nuages ou fumées. Toujours déférent devant les nécessités inéluctables de la géométrie, il s'attachera dans ses délicates natures mortes à faire poser devant son chevalet des objets familiers et à assembler des éléments plastiques qui s'organisent comme en des carrousels, où ils échangent de subtiles confidences dans l'atmosphère d'une lumière joliment artificielle et tamisée avec raffinement. D'ailleurs ce terme d'atmosphère que nous employons à dessein indique que La Fresnaye est demeuré, comme beaucoup de ses camarades, fidèle à la donnée fondamentale de l'Impressionnisme. En effet, il ne sacrifiera jamais à la notion d'espace que lui avait substituée le Cubisme proprement dit.

Cependant, aux alentours de 1920, La Fresnaye, de plus en plus souffrant, abandonnera délibérément les fragmentations cubistes pour revenir à une conception définitivement réaliste, où le souvenir du Greco se manifestera. Loin de s'inspirer absolument du lyrisme échevelé du génial baroque, La Fresnaye penchera vers une préciosité stylisée et un jeu maniéré dont le charme est certain. En fait, son inspiration réaliste des dernières années ne contredisait pas tellement ses tentatives néo-cubistes, elle ajoutait seulement à celles-ci l'expression d'une mélancolie que légitimait peut-être le pressentiment d'une fin prochaine.

Parmi les artistes de la première moitié du XXe siècle qui sont morts prématurément, il faut aussi compter Roger de La Fresnaye, qui naquit au Mans en 1885 et mourut à quarante ans des suites d'une maladie contractée pendant la guerre de 1914.

Roger de La Fresnaye fréquenta d'abord l'Ecole des Beaux-Arts, puis l'Académie Ranson. "On est toujours influencé. Suiveur, on imite, novateur, on imite encore en modifiant", dira-t-il. Cependant, le Cubisme, avec lui, va prendre une signification nouvelle.

La Fresnaye appartenait à une famille aristocratique dont les origines remontaient au XVe siècle. On pourrait épiloguer sur le côté "fin de race" d'un tempérament délibérément opposé à toute aventure. La Fresnaye est sans doute de ceux qui, avec Keyserling, pensent que "les révolutions sont faites pour sauvegarder les traditions". Et dans le Cubisme, ce qu'il verra surtout, c'est un ensemble d'éléments nouveaux susceptibles de contribuer à une renaissance de la tradition classique. Ses premières œuvres dénotent un sens vif et profond de la composition. Mais tout de suite s'affirme aussi chez lui un amour des aspects de la nature, amour à quoi son œuvre sera constamment fidèle. C'est donc à partir de la nature que La Fresnaye envisage l'art de peindre. Puis il exécute son œuvre sous le signe de la composition classique, ou sous celui de maîtres comme Le Greco ou Poussin. Naturellement, la discipline architecturale de Gauguin ou de Cézanne, préconisée à l'Académie Ranson, inspirera ses compositions des années 1910-1911, son Eve, ses Nus dans les paysages : œuvres simples, pures, robustes. C'est la mesure dite française, son élégance et son goût du bon ton.

Mais La Fresnaye ne cherche pas à extérioriser une vision personnelle du monde. Présenter notre univers familier sous un jour solide et harmonieux sera sa seule prétention. C'est dans ce sens qu'il subira l'influence du Cubisme, mouvement qu'il considérera un peu comme une affaire de mode. Il y trouvait moins une poétique particulière qu'un ensemble de moyens constructifs. Dans un propos surprenant, il dira: "Incapable de rivaliser avec la peinture ancienne, celle de notre temps cherche à s'en tirer par des moyens à côté. Il est vain de lui faire grief de ses réussites. " Malgré ce dernier correctif, le Cubisme ne sera donc pour La Fresnaye qu'un procédé. Enfin, dès 1912, sans se soucier des réserves de Picasso, Braque, Gris ou Léger à l'égard des aspects de la nature, il décrira les objets qu'il fragmentera à la manière cubiste, mais en se soumettant aussi bien à la technique des aplats qu'au modelé ou au clair-obscur. Justement, il possède un goût très prononcé pour les courbes, les circonférences et les sphères, goût qu'il partagera d'ailleurs avec Delaunay et Léger. Mais alors que ces formes, chez ces artistes, signifient surtout des éléments plastiques bien qu'abstraits, elles représentent d'abord, chez La Fresnaye, des éléments naturels, tels que nuages ou fumées. Toujours déférent devant les nécessités inéluctables de la géométrie, il s'attachera dans ses délicates natures mortes à faire poser devant son chevalet des objets familiers et à assembler des éléments plastiques qui s'organisent comme en des carrousels, où ils échangent de subtiles confidences dans l'atmosphère d'une lumière joliment artificielle et tamisée avec raffinement. D'ailleurs ce terme d'atmosphère que nous employons à dessein indique que La Fresnaye est demeuré, comme beaucoup de ses camarades, fidèle à la donnée fondamentale de l'Impressionnisme. En effet, il ne sacrifiera jamais à la notion d'espace que lui avait substituée le Cubisme proprement dit.

Cependant, aux alentours de 1920, La Fresnaye, de plus en plus souffrant, abandonnera délibérément les fragmentations cubistes pour revenir à une conception définitivement réaliste, où le souvenir du Greco se manifestera. Loin de s'inspirer absolument du lyrisme échevelé du génial baroque, La Fresnaye penchera vers une préciosité stylisée et un jeu maniéré dont le charme est certain. En fait, son inspiration réaliste des dernières années ne contredisait pas tellement ses tentatives néo-cubistes, elle ajoutait seulement à celles-ci l'expression d'une mélancolie que légitimait peut-être le pressentiment d'une fin prochaine.