L’exposition Gauguin

Chez Durand-Ruel en 1893

Paul Gauguin (1848 - 1903) - VAHINE NO TE TIARE - 1891 - (0,73 m x 0,47 m)

Collection particulière

 C’est Gauguin lui-même, revenu de son premier voyage à Tahiti (juin 1891 - juillet 1893), qui, en novembre organise cette importante exposition comportant quarante-neuf peintures et deux sculptures. En juin 1892, il avait écrit à sa femme :  " J’ai onze mois de travail effectif et quarante-quatre toiles assez importantes, ce qui fait une année de 15.000 francs au moins, en admettant que la clientèle achète. " Ce qui n’arriva pas évidemment. Il avait échoué à Marseille avec quatre francs en poche ; plus tard, un petit héritage lui permit de couvrir les frais de l’exposition qui, du point de vue financier, se solda par un désastre.

Paul Gauguin (1848 - 1903) - Paysage du Pouldu - 1890 - (0,73 m x 0,92 m) Bruxelles, Collection Paul Fierens

D'octobre 1889 à novembre 1890, Gauguin quitte Pont-Aven et se réfugie avec son fidèle compagnon Meyer de Haan au petit village proche du Pouldu. Il écrira à Emile Bernard : "De tous mes efforts de cette année, il ne reste que des hurlements de Paris qui viennent ici me décourager au point que je n'ose plus faire de peinture et que je promène mon vieux corps... sur les rives du Pouldu! L'âme est absente..."

Le public l’accueillit diversement, mais en général par des quolibets. Des écrivains, des poètes s’enthousiasmèrent : que risquaient-ils ? Par contre les peintres de la génération précédente manifestèrent leur réprobation : Renoir, Monet, Pissarro furent du nombre. Seul Degas défendit chaleureusement Gauguin. Les jeunes, nabis en tête, témoignèrent du plus vif intérêt. C’est Charles Morice qui écrivit la préface du catalogue, en y condamnant notamment, au nom de Gauguin, " les traditions d’imitation qui oppriment particulièrement la peinture ". Au cours de l’exposition Morice et Gauguin imaginèrent de composer, en collaboration, un livre qui réunirait des dessins du peintre et les commentaires lyriques de l’écrivain. Et ce sera l’extraordinaire " Noa-Noa ", ouvrage dont la forme était encore inédite.