L’exposition Cézanne

Chez Ambroise Vollard en 1895

Paul Cézanne (1839-1906) - L'Estaque, le village et la mer - 1878/1883 - (0,52 m x 0,64 m)

Lucerne, Collection particulière

Cézanne a longtemps séjourné à l'Etaque, dans le golfe de Marseille, et s'est enchanté de ce motif dont il a peint les multiples aspects, principalement en 1878 et en 1883-1885. A noter ici la facture si particulière, par touches obliques et parallèles, encore proche de l'Impressionnisme, et l'importance rythmique des cheminées d'usines.

C’est en 1895 que cette importante exposition consacre bien tardivement le génie de Cézanne, c’est-à-dire trente-cinq ans après ses premières toiles, onze ans seulement avant ses dernières.

Au rôle de la sensation, de " sa petite sensation " comme il l’appelle, Cézanne va imposer une signification nouvelle. Il ne l’enregistre plus telle qu’elle est éprouvée par les impressionnistes, c’est-à-dire comme une émotion seulement visuelle, en somme plus élevée qu’une satisfaction gustative. Il la filtrera, lui, à travers son intelligence créatrice après l’avoir considérée comme un simple matériau propre à la composition du tableau. Il n’imite pas la sensation, il veut faire quelque chose avec ; il la taille à la manière du maçon partant des pierres pour construire, mais il prend soin d’analyser avec acharnement la nature comme pour en éprouver la qualité, les ressources. On perçoit l’originalité de la thèse.

Paul Cézanne (1839-1906) - Le Jeune homme au gilet rouge - 1890/1895 - (0,92 m x 0,73)

Zurich, Collection particulière

Cézanne a peint quatre portraits différents d'après ce jeune modèle italien. C'est de celui-ci que, en 1895, le critique Gustave Geoffroy écrira qu'il peut "soutenir la comparaison avec les plus belles figures de la peinture".

Ainsi Cézanne élève la sensation impressionniste à la hauteur d’une idée, pourrait-on dire, ou encore d’une équation pour un plan puisqu’il va lui attribuer un rôle constructif propre à répondre à une conception architecturale de la toile. C’est ainsi qu’il envisagera des notions de rythme, de style, voire de déformations constructives sous le couvert de références géométriques qu’il attribuera aux plans, aux lignes et aux volumes qu’à la touche elle-même.